Le vin et la vigne à L'Isle Saint-Georges

 

Depuis que la vigne est vin, son histoire est indissolublement mêlée à celle de l'homme. Les anciens Grecs, promoteurs du vin en Europe, transplantèrent la vigne en Sicile et en Italie méridionale, puis tout naturellement, firent connaître la viticulture aux romains qui, à leur tour , transmirent leur savoir-faire viticole aux gaulois. Dans l'Antiquité, le vin était considéré comme un don des dieux : les Egyptiens l'attribuaient à Osiris, les Grecs à Dionysos et les Romains à Bacchus. Le christianisme fut le propagateur de la vigne et le propagandiste du vin. En 816, le concile d'Aix-la-Chapelle encouragea les viticultures épiscopales et monastiques. La viticulture ecclésiastique a nourri la puissance et la gloire de l'Eglise avant d'être totalement laïcisée en France au début du XIXe siècle.

« l'Histoire du Vin », J.F. GAUTIER

 

Historique de la vigne en région bordelaise - Travail de la vigne - Phylloxera à Isle Saint-Georges - Les vins de Palus -

 

La vigne en région bordelaise : rapide historique.

Antiquité - 4ème siècle - 5ème siècle - 11ème & 12ème siècle - 13ème siècle - 14ème siècle - 16ème siècle - 17ème siècle - 18ème siècle - 19ème siècle -

Depuis au moins huit siècles, la vigne joue un rôle important dans la vie de l'Isle Saint-Georges et il semble, d'après le nombre de tessons d'amphores vinaires trouvés sur le site, que l'importation du vin y remonterait aux temps de Jésus-Christ.

Au temps de César, les Gaulois étaient des buveurs de bière, bière qu'ils faisaient à partir de l'orge. Mais ils appréciaient fortement le vin et notamment celui produit en Italie.

On a dit que l'une des causes de l'invasion de l'Italie par les Gaulois, quelques siècles auparavant, était l'espoir d'y boire du vin...

En ce temps là donc, ceux de nos ancêtres qui étaient suffisamment riches achetaient le vin étranger à prix d'or. Cette boisson provenait de l'Italie et de la région de Narbonne déjà colonisée par les romains. Le monde romain ne connaissant pas les barriques - invention gauloise - utilisait des amphores d'environ 25 litres. Comme on ne savait pas conserver le vin, on y ajoutait des résines, du miel, des goudrons... En Grèce, de nos jours, de tels procédés sont encore utilisés, et ils ne sont guère convaincants...

 

Par chariots sur terre et par bateaux sur la Garonne les amphores arrivaient à Burdigala et ses alentours à un prix très élevé car il fallait payer de multiples taxes et droits. (Toulouse en particulier prélevait de forts droits).

A cette époque déjà, les marchands de Burdigala, réexportaient une partie de ces vins vers l'Angleterre. On imagine la fortune que devait coûter une amphore rendue à Londres.

Puis, malgré l'opposition romaine, les régions de Gaillac (Tarn), et de Rodez (Aveyron) commencèrent à planter de la vigne et à envoyer leur production vers nos régions. Les Bordelais, eux aussi, au cours du premier siècle se mirent à constituer un vignoble autour et même dans leur ville.

Le problème était de trouver un cépage adapté à notre climat. Les variétés italiennes ne résistaient pas aux gelées. A force de travail et d'expériences on trouva, en Epire, l'Albanie actuelle, une vigne se comportant bien sur les bords de la Garonne : on la baptisa la Biturica, nom dérivé de celui du peuple celtique occupant Bordeaux et sa région : les Bituriges-Vivisques.

Grâce à ce cépage, les Bituriges s'enrichirent en vendant leur vin au même prix que celui qu'ils achetaient auparavant, mais cette fois-ci, en empochant eux-mêmes la valeur des taxes et des droits.

Leur clientèle était toujours d'Angleterre, mais celle de Bretagne et celle de Belgique s'y ajoutaient. Le vignoble se développa malgré les entraves romaines, comme celle de l'empereur Domitien (81-96) qui voulut même faire arracher les vignes gauloises, mais qui n'y arriva pas !

Au 4ème siècle, Ausone, le poète bordelais qui vécut de 310 à 395, chantait ses 25 hectares de vignes plantées sur les coteaux et se reflétant dans la Garonne...

O patria, insignem Baccho fluviisque virisque ! Ô ma patrie, célèbre pour tes vins, tes fleuves et tes hommes !

Au 5ème siècle, avec les invasions, la viticulture connut un recul dû au fléchissement des exportations. Puis, jusqu'au 11ème siècle on n'a guère de renseignements sur son évolution.

Au 11ème siècle, la vigne est plantée dans le Blayais, la basse Dordogne, à Bourg, à Vayres et dans l'Entre-deux-Mers. Au 12ème, elle gagne le Médoc, la rive gauche de la Garonne et tout l'entourage de Bordeaux.

Le 13ème siècle est caractérisé par le développement des vignes de palus, et, en particulier de celles de l'Isle Saint-Georges. Ceci est attesté par un acte de l'abbaye de Ste Croix, en 1232, relatif aux vignes de Lilaire.

Ces vins de palus sont très prisés et ils sont considérés chez nous comme "graves".

Le rattachement de l'Aquitaine à l'Angleterre provoque une très importante demande que la production ne peut assurer. Les vignes s'étendent encore autour de Bordeaux.

Les marchands bordelais ont le privilège de ne pas payer un impôt, "la coutume", sur leur propre production. Ce qui explique que beaucoup de vignes de l'Isle soient, à l'image de Bernard d'Acra, maire de Bordeaux en 1219, aux mains des bourgeois de la ville.

A cette époque on ne savait toujours pas conserver le vin : ni soutirage, ni ouillage. Aussi le vin nouveau valait-il bien plus cher que le vin vieux (vieux de six mois au maximum !). L'idéal était de le vendre entre les vendanges et la Saint Martin (11 novembre).

Les négociants de Bordeaux vendaient d'abord leur propre récolte, puis laissaient venir les vins du haut pays, au-delà de Saint-Macaire, comme ceux de Cahors, Moissac ou Agen, par la Garonne. Ils les achetaient avant que les premières chaleurs ne les perdent et les exportaient en faisant de gros bénéfices. Aussi les bourgeois étaient-ils fort riches. Leurs moyens leur permettaient d'avoir des chais à Londres et d'être considérés dans cette ville comme des bourgeois anglais.

Le 14ème siècle voit s'améliorer la vinification : on pratique les soutirages, les coupages, ouillage. On arrive à conserver les meilleurs vins jusqu'aux vendanges nouvelles, mais beaucoup, non consommés en mai, n'étaient plus buvables et devaient être jetés à la rivière sous contrôle d'experts paritaires.

Les récipients sont la barrique de 225 litres environ, la pipe de 450 litres et le tonneau de 900 litres environ. Notons que la capacité de la barrique correspond à 50 galons de 4,50 litres, vieille mesure française du I2ème siècle encore en usage en Angleterre sous le nom de gallon.

Malgré leur grosse taille, les tonneaux étaient chargés facilement sur les bateaux par deux ouvriers.

Deux fois par an, le port de Bordeaux se remplissait d'une flotte d'innombrables voiliers tous ancrés au large, car il n'y avait pas de quais verticaux mais seulement des cales plus ou moins bien pavées.

Il y avait d'abord la flotte d'automne qui embarquait le vin nouveau non soutiré : c'était le vin pour la Noël. Puis la flotte de printemps - la dernière - emportant le vin de Pâques, provenant du haut pays.

Ces navires, souvent attaqués par des corsaires ou des pirates pendant leur voyage de retour, allaient en Angleterre, en Bretagne et dans les pays du nord de l'Europe.

Les marchands bordelais n'ayant pratiquement pas de bateaux, c'étaient des navires étrangers qui peuplaient la rade en ces moments-là.

En la quasi absence de fret pour le voyage aller, les vaisseaux arrivaient lestés de pierres de leur pays. C'est ce qui explique le nombre assez important de pierres de granit et de roches volcaniques trouvées dans nos vieux murs des villages de bord de Garonne

Le record d'exportation du port jusqu'à nos jours a été atteint pendant la campagne 1308 - 1309, où 102 742 tonneaux furent expédiés, soit environ 925 000 hectolitres dont seulement 114 000 hl venant de production proprement bordelaise. Les producteurs étaient des nobles, des bourgeois et des ecclésiastiques.

Ensuite vint une mauvaise période : les guerres, la peste firent retomber la production.

Au début du 16ème siècle, on commence à vouloir faire des vins de qualité, mais on ne sait pas encore le conserver : un tonneau de vin vieux (un an) valait 6 livres, alors qu'un tonneau de vin nouveau en valait 50 pour atteindre 100 livres cent ans plus tard.

A la fin du 17ème siècle, le vin de Bordeaux n'était encore connu que sous le nom de "clairet", léger, peu coloré, peu alcoolisé mais très agréable.

Il faut arriver au 18ème siècle pour voir naître les grands crus de haute réputation : Graves de Bordeaux, Graves du Médoc, les côtes. Les noms de châteaux apparaissent. On sait maintenant vinifier : on tire au fin au moins deux fois par an, on ouille tous les huit jours, on fouette, on commence timidement à mettre en bouteilles et on arrive à le conserver de quatre à six ans.

Le vin se vend bien, la vigne s'accroît. Les intendants de la province s'alarment du recul des céréales mettant la région en péril en cas de disette de grains. Ils veulent faire arracher les vignes les moins bonnes, mais n'arrivent qu'à interdire toutes nouvelles plantations. Les viticulteurs, Montesquieu en tête, protestent contre cette réglementation (qui d'ailleurs n'a jamais pu s'appliquer) et continuent à planter...

Le vin produit à l'Isle est considéré à cette époque comme vin de Graves. Il gardera longtemps cette appellation .

Au 19ème siècle on entre dans l'ère nouvelle aboutissant à la viticulture actuelle.

O.C

Le travail de la vigne

Avant 1870, on faisait des "vignes pleinières", c'est à dire que les ceps étaient plantés sans alignements réguliers.

0n la faisait très haute, parfois en treilles. Mais malgré cette diversité, les "règes" et les "Joualles" existaient tout de même depuis le 11ème ou 12ème siècle.

Dans tous les cas les pieds de vigne étaient soutenus par "trois bâtons" : un au centre contre le cep et un sur chaque aste latérale.

On faisait quatre façons :

- La première, au début du printemps était appelée "labour". Elle se faisait à la bêche en déchaussant les souches, c'était une façon profonde.

- Les deuxième et troisième étaient faites, pendant l'été, superficiellement à la houe appelée "la marre" ou la "pique"

- La quatrième était faite à l'automne,encore avec la houe, mais plus prondément, en chaussant les ceps.

Puis on commença à planter la vigne en rangs, ce qui permit d'utiliser la première charrue en bois, l'araire. Mais au lieu de diversifier les façons on fit quatre façons superficielles identiques. La charrue en fer ne fit que perpétuer ce système jusqu'au début du 20ème siècle où l'on comprit qu'il fallait revenir à la tradition d'un travail profond au printemps suivi de trois autres superficiels.

En 1930, on labourait encore avec un boeuf ou un cheval, car les premiers constructeurs de tracteurs ne s'intéressaient pas à des engins étroits conçus pour la vigne. ( En 1929, il n'y avait que 628 tracteurs en Gironde dont très peu capables de passer dans les vignes).

Le travail à la charrue impliqua l'apparition d'un nouveau travail : tirer les cavaillons, c'est à dire faire tomber à la houe la terre restant sur les rangs après le déchaussage à la charrue. Les pieds greffés étant fragiles et souvent mal alignés, la décavaillonneuse, charrue spéciale, fut longue à s'imposer.

Vers 1870 on commença en Gironde à mettre "aux fils de fer". On planta la vigne en lignes rigoureuses et on tendit deux fils de fer superposés supportés par un bâton planté à chaque pied. Mais cela coûtait très cher à l'époque et ce système fut long à se généraliser.

O.C

Le phylloxera à l'Isle Saint-Georges

Le phylloxéra est un puceron de 1/2 millimètre de longueur dont une espèce vit sur les feuilles du chêne, et dont une autre espèce, plus dangereuse, s'attaque à la vigne.

Le phylloxéra de la vigne, (phylloxéra vastatrix) venant d'Amérique a envahi toutes les régions viticoles avant 1870.

Il existe sous deux formes :

"gallicole", attaquant la feuille des vignes américaines

"radicicole", attaquant les racines des vignes françaises.

C'est sous cette dernière forme qu'il ravagea les vignobles français, vers 1878, occasionnant la raréfaction du vin, et par conséquent, une montée vertigineuse de son prix.

Le remède efficace à long terme est celui qui est actuellement appliqué : il consiste à greffer une vigne française sur une bouture américaine.

Comme on ne peut pas arracher systématiquement tout un vignoble, d'autant plus qu'il faut de longues années avant qu'une vigne soit productive, les propriétaires de l'Isle Saint-Georges se groupèrent, avec l'aide du gouvernement (loi du 2 août 1879), en syndicats pour lutter contre le fléau.

Deux moyens essentiels étaient proposés :

C'est ce dernier procédé qui fut appliqué dans notre commune pour toutes les vignes situées dans les palus.

Le terrain fut cloisonné par un quadrillage de digues déterminant une dizaine de zones inondables. A l'intérieur de chaque zone, des fossés, des canaux, des tuyaux de ciment munis de clapet, des écluses, furent ménagés de façon à créer des bassins permettant de régulariser le niveau de l'eau pendant le temps nécessaire puis d'assurer la vidange de cette eau.

L'âme de chaque zone était la station de pompage. Huit stations étaient installées sur la rive de la Garonne, une sur l'estey d'Eyrans et une sur la rouille du Tronc. Chaque station devait avoir un stock de charbon et un puits foré pour alimenter la chaudière en eau. La surveillance et l'entretien de la machine nécessitait deux "mécaniciens", choisis parmi les habitants. Ils assuraient successivement les quarts de jour et de nuit.

 

Chaque bassin de submersion était géré par un syndicat formé du groupe des propriétaires intéressés. (Par exemple, le syndicat du Plantey, de Pelletant, de Boutric...)

Les sommes dépensées furent énormes, cependant il est certain que cet investissement était très rentable car le vin produit dans ces temps-là valait de l'or en raison de sa pénurie.

O.C


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