L'Isle Saint-Georges sous la Révolution

Il est difficile, deux cents ans après, de se faire une idée de ce qu'il s'est passé à l'Isle pendant la Révolution. Un grand "Registre du courrier de la mairie" retrouvé dans les archives municipales, mentionne la réception des ordonnances et des décrets, et aussi les faits se rapportant à la vie politique locale.

Les impôts rentrent très mal à l'Isle comme dans tout le pays. Il y a un grand désordre dans les finances, aggravé par la mise en. circulation excessive d'assignats gagés sur les biens des émigrés et ceux des congrégations, mais aussi par un grand nombre de faux assignats.

Les domaines nationaux sont mis en vente au bénéfice des communes. A l'Isle, il semble qu'il n'y ait que les restes du château féodal, le prieuré et le moulin qui furent mis aux enchères. Les chais et cuviers du prieuré, évalués à 1200 livres, furent vendus 1850 livres, le 13 mars I793. Les acquéreurs de ces propriétés, s'ils voulaient les conserver, se trouvaient liés au sort de la Révolution... Il semble que ce soit parmi ces nouveaux propriétaires engagés sans retour aux côtés de la République que furent choisis les premiers maires par le Conseil du District de Bordeaux.

Mais les bonnes gens, encore très dévoués à la royauté et à l'Eglise, se disaient tout bas que l'achat de ces biens ne leur porterait pas bonheur...

LE GRAND LIVRE

C'est plutôt un grand cahier, aux feuilles de gros papier cousues, aux coins racornis. Il y manque les huit premières pages, découpées volontairement. Il est tentant de penser que ces feuilles étaient compromettantes pour quelqu'un et que ce personnage les ait détruites...Mais faisons taire l'imagination et lisons l'écriture du secrétaire-greffier, Fort DAURE, une écriture à la plume d'oie...

Le cahier commence le 23 août 1790.

Il semble que la commune soit dirigée par un certain Jacques MARTIN, maire, assisté de Jean BERGERIE et d'autres notables. Cette municipalité a probablement été mise en place par le District de Bordeaux, sans aucune consultation électorale.

Les textes législatifs mentionnés sur le cahier sont inspirés par l'assemblée nationale, mais signés par le Roy résidant à Saint-Cloud. Ce sont des lettres patentes ou des proclamations.

 

1790 - 1791 - 1792 - 1793 - 1794 -

 

TEXTES ENREGISTRES EN 1790

- Les impôts de 1788, 1789, 1790 rentrent très mal, les citoyens ne voulant plus les payer.

- Sort des biens des "religionnaires" fugitifs.

- Aliénation des biens nationaux aux municipalités. ( Valeur 400 millions de livres.)

- Instructions pour la vente des domaines nationaux

- Suppression. des droits seigneuriaux: chasse, etc.

- Suppression des taxes sur les Juifs.

- Organisation de la Poste et des Messageries (Pour nous, le relais de la Poste aux lettres et de la Poste aux voyageurs était situé à Castres - Maison Schwarts, ancienne Gendarmerie -)

- Lettre adressée au curé LAVILLE au sujet du serment. (Ce serment exigé par le gouvernement ne fut prêté que par une infime minorité des curés et par quasiment aucun évêque).

- Traitements du clergé

- Une maquette de la Bastille est offerte à l'Assemblée départementale

- Biens de l'abbaye de Cluny.

- Lois fixant la disposition des couleurs des pavillons des vaisseaux.

- Paiement des pensions au clergé séculier et régulier.

- Les ci-devants seigneurs, hauts Justiciers, sont dispensés de nourrir les enfants abandonnés. Ceux-ci sont pris en charge par la Nation.

1790 - 1791 - 1792 - 1793 - 1794 -

 

TEXTES ENREGISTRES EN 1791

- Mise en activité de la Garde Nationale

- Découverte de deux frégates françaises La Boussole et L'Astrolabe commandées par M. de La Pérouse.

- Les faux assignats préoccupent le gouvernement.

- Accusation contre le cardinal de Rohan, renvoyé devant la Haute Cour d'Orléans pour y être jugé.

- Le 4 février 1791, le gouvernement distribue 47 903 fusils et en prévoit 50 000 de plus pour la Garde Nationale.

- L'Assemblée Nationale fait élever une statue à Jean Jacques ROUSSEAU et donne une pension de 1 200 livres par an à sa veuve.

ARRESTATION DU ROI

Le roi qui, jusqu'à ces jours, continuait de promulguer les lois et décrets, commet l'erreur de vouloir fuir le royaume. Il semble qu'on ne veuille point y croire, on pense qu'il a été enlevé.

Voici ce que dit le Registre, à la date du 28 juin 1791: (Seulement six jours après l'événement.)

"....enlevé du 20 au 21 Juin, arrêté le 22 juin 1791 à Varennes par Paul LEBLANC et Joseph PONTANT...

...reçu copie de la lettre adressée au Directoire du département de la Gironde par MM NOIRAC et DESEZE députés de Bordeaux à l'Assemblée Nationale de Paris, le mercredy à minuit, 22 juin 1791..."

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TEXTES ENREGISTRES EN 1792

- Proclamation du roi le 14 janvier 1792, qui déclare "..infâme, traître à la patrie et coupable du crime de lèse-Nation tout français qui pourrait prendre part à aucune médiation tendant à modifier la Constitution Française..."

- Déclaration de guerre du 25 avril 1792, de la part du Roy des français au nom de la Nation, au roi de Hongrie et de Bohème.

- Proclamation du Roy déclarant la patrie en danger ( 20 juillet 1792)

- La loi du 15 avril 1792 de l'Assemblée Nationale proclame la Convention Nationale et prononce la suspension du pouvoir exécutif du roi.

Un gendarme vient afficher cette loi dans la commune.

 

- Le 22 septembre 1792, on proclame l'abolition de la royauté.

- Le 4 décembre, la peine de mort est édictée contre ceux qui voudraient rétablir la royauté.

- Le 21 novembre, l'hymne des Marseillais est enregistré à la mairie.

- Les faux assignats sont très abondants.

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TEXTES ENREGISTRES EN 1793

LA CONVENTION S'OCCUPE DE TOUT

Le 25 mai 1793, un flot de décrets déferle à la mairie :

- Utilité d'encourager la culture des "pattates", dites aussi pommes de terre.

- Destruction de tous les portraits ou effigies du roi.

- Il faut retourner les plaques de cheminée portant des marques de la royauté ou de la noblesse.

- Obligation de détruire les blasons, fleurs de lys et autres, sur les immeubles de la Nation qui appartenaient aux ci-devants seigneurs.

- Les fonctionnaires et les percepteurs doivent rendre compte de leur fortune acquise depuis la Révolution.

- Devant la pénurie de monnaie, il faut donner l'or et l'argent à la Nation. Dans les communes il ne doit rester qu'une cloche de bronze, les autres étant réquisitionnées.

- Le calendrier républicain est mis en vigueur. Il commence le 1er vendémiaire an I ( 22 septembre 1793).

- On institue le culte de la Raison, dont la fête est le 7 nivose (Décembre)

- Le 24 germinal (mars) un concours est ouvert pour organiser les montres et pendules en divisions décimales

- Le 12 décembre 1793, le département de la Gironde change de nom pour quelques années, et devient celui du BEC D'AMBES (Cette mesure est prise comme sanction à l'égard du souvenir des fameux députés Girondins.)

 

CHANGEMENT DE MAIRE A L'ISLE

L'épuration se fait sentir aussi au niveau de la commune, on ne sait dans quelles circonstances.

Voici le texte du procès-verbal : " ...Aujourd'huy, 27 décembre 1793, a été Jacques MARTIN sorty de la mérie, aussi Jean BERGERIE a été sorty d'officier municipal, et entré pour maire le citoyen Dominique THILLET et pour premier officier municipal Jean COUSSILLAN, et pour segond offîcier municipal Pierre DAURE dit Monsieur. Le procureur, (Raimond BELLOUGUET) et le secrètaire-greffier (Fort DAURE), sont les mêmes de l'autre mèrie ; à la réserve du citoyen Bernard BORDY, curé de l'Isle Saint Georges, qui a étté nommé notable et officier public..."

Quand le curé BORDY démissionnera de son poste de prêtre et d'officier public, c'est Jean COUSSILLAN qui sera élu pour tenir les registres de l'Etat-civil.

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TEXTES ENREGISTRES EN 1794

Réquisititions de l'an II - Décrets divers - Arrestation d'un suspect à l'Isle - La réquisition de ministre Bouchotte - Les lettres de passe -

Jusqu'au 9 Thermidor, (27 Juillet 1794), la Terreur se déchaîne dans le pays. Réquisitions, arrestations, levées de soldats n'épargnent aucune commune.

REQUISITIONS DE L'AN II

" ... Aujourd'huy, 22 pluviose, la deuxième année de la République, nous, maire et officiers municipaux de la commune de l'Isle Saint Georges, par permission à nous donnée par le Conseil Général du District de Bordeaux, avons fait livrer au citoyen Salvat Isabeau, le nombre de trente quintaux de foin de première qualité au prix de six livres le quintal poids de marc, sortis du grenier du citoyen BURETTE..." (La livre-poids-de-marc valait environ 485 grammes) 

" ... En vertu de la réquisition dressée par le directoire du district de Bordeaux aux municipalités de son arrondissement, nous, maire et officiers municipaux de la commune de l'Isle Saint Georges, avons fait livrer au citoyen Jean GOUDIN le nombre de 39 quintaux de foin. Le 25 pluviose An 2. "

" .... Par ordre du Conseil Général du district de Bordeaux, avons livré à la citoyenne veuve SAGE, mère, le nombre de trois charrettes de foin de son bien de Pont-Castel pour la nourriture de ses bœufs dans son bien de Pessaq. (Pessac). "

" ... avons fait livrer au citoyen Jean GOUDIN dix-huit quintaux de foin et trois quintaux de paille... Isle Saint Georges, le 30 ventôse An 2 "

Sommaire 1794

 

DECRETS DIVERS

- 8 pluviôse peine de mort pour celui qui fera des fausses patrouilles ou qui sera déguisé en femme...

- Taxation des prix des cacaos, indigos, cotons, poissons salés, vinaigres, miels, huiles, vins rouges communs, suifs, cotons filés, viandes salées, beurres salés et cuirs verts...

- 12 floréal An 2 (avril 1794) Publication des discours et de leurs réponses par R0BESPIERRE, SAINT-JUST, COUTON, Marc-Antoine JULIEN.

Sommaire 1794

ARRESTATION D'UN SUSPECT A L'ISLE

Le 30 Messidor de l'an 2, (juillet 1794) arrive à la mairie de l'Isle un huissier accompagné d'un caporal et de deux gendarmes. L'huissier, commandé par le juge de paix de Cadillac est porteur d'un ordre d'arrestation concernant un certain Jean Gendre-de-Boireau, citoyen de Portets, à la demande de la municipalité de Portets.

On lui prête main-forte par les personnes de trois citoyens de l'Isle : BODAT, F.DAURE, Jean CAVANNE et du secrétaire-greffier DAURE. Cette troupe met la main sur Gendre-de-Boireau et l'emmène sur le champ, destination inconnue...

Ceci est relaté dans le procès-verbal ci-dessous dans son galimatias à allure juridique.. (Texte respecté)

" Aujourd'huy 30 Messidor, deuxième année républicaine, cest présenté dans notre commune le citoyen DESPAX premier uissier national du district de Cadilhac y résidant accompagné de la réquisition à lui faite du Corps Municipal de la commune de Portets, qui ont sur le champ, d'après lexibition à eux faite sur le mandat d'amener décerné par le citoyen juge de paix du canton de Cadilhac du 26 courant, et de lui insigné son secrétaire, pour en conséquence dudit mandat d'amener, traduire pour répondre aux inculpations à eux énoncées, le citoyen Jean Gendre de Boireau, soit disant de la ditte commune de Portets.

Requise par nous insi signé susdit nous a dans l'instant donné pour force à la loi afin de la faire exécuter citoyens Léonard DESCATS caporal, Alexandre DUCAUT et Etienne CONSTANT gens d'arme nationale ainsi qui nous a été justifié au bas dudit mandat d'amener, réquisition par luissier fait à la commune de Castres, aussitôt qu'il nous a donné pour l'exécution de la loi Bertrand BODAT, François DAURE et Jean CAVANNE.

De la étant le même uissier, communiquant ses ordres dudit mandat, le dénommé par icelui instruit qu'il était dans la commune de l'Isle Saint Georges, s'est également transporté dans ladite commune. Là étant il a également exibé son mandat d'amener requis au nom de la loi de faire arrêter le dénommé Jean Gendre de Boireau. Laquelle aussitôt cest assemblé en respectant à faire exécuter ladite loi.

Ledit dénommé a été sur le champ pris , cependant d'après recherches faites, l'avoir découvert et pris en la présence de l'uissier qui au nom de la loi lui a présenté la marque distinctive ainsi que ses bons citoyens revêtus de leur écharpe. Ledit citoyen demeure prisonnier. De tout quoi nous rapportons le présent procès-verbal pour être renfermé comme tel dans notre commune et a signé ledit DESBATS comporteur des dites ordres.

DAUPE, officier municipal

DESBATS THILLET, maire

BELLOUGUET, agent national près de la commune"

Sommaire 1794

LES LETTRES DE PASSE

La circulation des anciens nobles est très surveillée.

Le registre mentionne la réception des lettres de passe (sorte de passeports) destinées à certains habitants de la commune :

"..Nous, maire de la commune de l'Isle Saint Georges avons reçu les lettres de passe accordées aux citoyens en vertu du décret du 26 Germinal (Avril 1794)

- Celle du citoyen Pierre Joseph MADROUET SAINT EUGENE qui a été visée par nous le seize floréal et qu'il nous a remise conformément à la loi du 7 prairial.

- Plus celle de la citoyenne Génie MADROUET SAINT EUGENE fille, visée par nous le 16 floréal. et qu'elle nous a remise ...etc.

- Plus celle de la citoyenne Adélaïde Victoire GRACE, épouse du citoyen René DELBOS, visée le 16 floréal.

- Plus celle de la citoyenne Anne BEDOS épouse du citoyen JOURNIAQ, qui a été visée le 16 floréal ...etc.

- Plus celle de la citoyenne Léris JOURNIAC ...etc.

- Plus celle du citoyen Gaston JOURNIAC ...etc. Le 16 Floréal."

Sommaire 1794

O.C

1790 - 1791 - 1792 - 1793 - 1794 -

Remonter Formation Isle Arruan Site antique Premiers peuplements La Fronde Révolution Carte du village L'École communale Le Moulin L'Église Toponymie Port d'Isle St-Georges Vin et Vigne Carte interactive Olivier Coussillan