L'Affaire Jean BERGERIE



Jean BERGERIE est né à Isle Saint-Georges le 20 décembre 1823, de Guillaume BERGERIE propriétaire viticulteur.

A 20 ans, il a son diplôme d'instituteur, il est nommé dans la commune, le 3 novembre 1844, par M. Jean THILLET Maire.

Il se marie à 23 ans avec une jeune fille de 15 ans, Marie LALANNE fille de François et de Jeanne COUSSILLAN.

Au 31 décembre 1859, donc après 15 ans de carrière , il démissionne de son poste d'instituteur et s'occupe de la propriété qu'il a hérité de ses parents décédés. En 1860, Jean a 36 ans, sa femme 28 ans. Ils habitent la dernière maison à gauche, à la sortie du bourg, sur le chemin de Ferrand. Cette maison, située à 50 mètres du chemin est entourée de vignes et de jardins.

Ce dimanche soir de décembre 1860, la nuit est vite tombée. L'obscurité est épaisse, les rues non éclairées et boueuses sont plongées dans les ténèbres. Quelques fenêtres brillent faiblement, dont celle de l'aubergiste Alexandre COUSSILLAN qui tient " Le Cercle ", en haut des escaliers de la maison du port, à droite.

Au cercle, les hommes jouent aux cartes, à la clarté des chandelles. Jean BERGERIE est là, très entouré, il a été aussi greffier de la commune à la Mairie, c'est un notable...

L'heure s'avance, les joueurs s'en vont peu à peu. Jean se lève et sort pour rentrer chez lui, à deux cents mètres. Il pousse le portail, mais il trébuche sur un fil de fer tendu au ras du sol entre les piliers, il tombe en avant. Aussitôt deux ombres sortent de la nuit, et à l'aide d'un sac de sable et d'un bâton le frappent à qui mieux mieux.

Quelqu'un vient sur le chemin. C'est un habitant de Ferrand, peut-être un membre de la famille M.... qui, revenant de l'auberge, rentre chez lui. Il a dû voir et reconnaître la silhouette des agresseurs, mais la peur des ennuis lui fait continuer son chemin et jamais il ne témoignera. Le pauvre Jean est laissé sur place comme mort.

Pendant ce temps, au cercle, les clients se font rares. Un jeune homme, 27 ans environ, de la famille G....., vigneron, fait une apparition dans l'auberge, contrairement à son habitude puis s'en va.

Plus tard, sa femme inquiète, trouve Jean encore en vie. On le soigne. Mais il est déjà trop tard, marqué par la mort, il meurt le 16 décembre 1860 à moins de trente-sept ans. Avant de mourir, il aurait dit dans un souffle : " Il n'y avait qu'un seul agresseur, c'est G..... ".

La jeune femme paraît se désoler, mais les langues vont bon train,. Tout le monde sait que le jeune G..... est son amant (Elle en aurait eu d'autres...). On les soupçonne du crime, on retrouve le sac de sable sur place, le bâton de bois dur derrière l'église, là où habite G....., dans de vieilles maisons de l'ancien prieuré.

L'enquête est menée mollement, on met en détention préventive MARIE dite IRMA, avec sa meilleure amie, une fille LAROUIJ (mère de la lisseuse NINETTE), mais G..... n'est pas arrêté. Devant le manque de preuves et de témoignages, tout le monde est relâché et l'Affaire est classée par la justice.

La jeune veuve s'est remariée à Cadaujac avec François ALEM. Elle est revenue mourir à l'Isle en 1875, elle avait 44 ans.

Quant à G....., quelques temps après ces faits, devenu triste et accablé, il est brusquement atteint de la " picote pourpreuse " (la variole ?). Il va mourir.

Le curé ROBOREL de CLIMENS qui vient pour le visiter ne peut le confesser car déjà, le malade ne parle plus. Il peut encore remuer les pieds. Le curé lui dit : " Avez-vous une grosse faute à vous reprocher ? Si oui, remuez trois fois le pied... " Et le pied remue trois fois. " Est-ce le meurtre ? " Et le pied remue encore trois fois.

Le prêtre demande que ses péchés lui soient pardonnés. G..... meurt, sa conscience soulagée.

Il ne reste aujourd'hui, à l'endroit du crime, qu'un très beau laurier dont les branches fournissent tous les ans, aux rameaux, leurs feuillages expiatoires. Cet arbre fait songer les rares habitants qui se souviennent encore.

D'après les récits de Mesdames Paula DAURE & Yvonne DUROUX et les Archives Mairie.

O.C

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