Un étrange naufrage en 1816

 

Au mois de décembre 1816, le maire, Alexandre Journiac est informé qu'un cadavre a été trouvé à Boutric sous un bateau échoué.

En lisant son rapport très précis, on voit comment était vêtu un marin de ce temps-là, quels étaient les objets qu'il portait sur lui, etc...

Voici le procès-verbal écrit par le maire - Orthographe respectée -

" Ce jourd'hui, 7 du mois de décembre 1816, nous Alexandre Journiac, maire de la commune de l'Isle Saint Georges (...) instruit qu'il a été trouvé au petit village de Boutric sur le bord de la rivière, un bateau échoué sur le dit bord, auquel était pris dans les cordages, un cadavre. Nous nous y sommes transporté accompagné des sieurs Limmonier Antoine, Daure Jacques et Rossignol Jean, tous domiciliés dans la commune. Arrivé au dit lieu nous avons vu le dit cadavre qui était celui d'un homme qui se trouvait pris sous le bateau par les jambes.

N'ayant pu le dégager dans le moment ni le (....?) du bateau, nous avons procédé à faire tout notre possible pour nous procurer quelques renseignements sur le compte de cet individu, en conséquence avons requis le sieur Coussillan Nicolas de tacher de prendre dans ses poches tout ce qu'il pourrait rencontrer...

Il résulte de cette recherche qu'on nous a remis :

1) une montre d'argent avec un cordon rouge et blanc très usés, sur le cadran se trouve peint un homme à genoux devant un tronc d'arbre, l'aiguille arrêtée à deux heures et trente cinq minutes
2) un portefeuille de vieux cuir doublé de rouge déchiré d'un coté dans lequel se trouvait plusieurs papiers qui étaient mouillés, que nous avons fait porter à la mairie pour les faire sécher et en prendre lecture.
3) deux mouchoirs rayés de rouge et de bleu.
4) un couteau.
5) une paire de gants en tricot de laine.
6) un petit pot de pommade vide.
7) une boëte de corne à tabac (tabac à priser), deux clefs attachées ensemble par un mauvais cordon.
8) deux pièces de cinq francs, une de six francs, trois pièces de vingt sols, deux pièces de six sols, cent neuf sols en gros sols.

N'ayant pu prendre son signalement ni décrire son habillement, avons ordonné au sieur Coussillan Nicolas d'attendre le retour de la marée pour dégager le dit cadavre de dessous le bateau et de le transporter ensuite au bourg à l'Isle Saint Georges pour prendre son signalement (....)

Le lendemain l'enquête reprend

" Aujourd'hui 8 décembre 1816 à 8 heures du matin (...) le dit cadavre retiré (...). "

" ... c'était un individu âgé d'à peu près quarante ans, cheveux noirs coupés en rond, sourcils noirs, favoris noirs faisant le tour du cou, barbe noire, nez aquilin, menton rond, front découvert, teint coloré, peau blanche, des pendants d'or à ses oreilles, étant revêtu d'une veste presque bonne couleur marron, pantalons idem, gilet rouge, un mouchoir de cou de coton à carreaux rouges et blancs, gilet de laine sur la peau, chemise blanche presque neuve avec des cordons pour attacher le col de la chemise, bas bleus, celui du pied droit avec un trou, caleçon de toile, une lettre datée de Villandraut du 5 septembre 1816 qui s'exprime ainsi :
Mon cher camarade, le porteur de ma lettre est M. Hostein qui se rend dans ton pays pour une petite affaire qu'il te fera connaître. Je te prie de lui être utile autant que tu pourras, c'est un brave homme que j'estime le plus dans ce pays ; fais moi le plaisir de me faire passer la facture détaillée des objets que tu auras vendu, je l'ai perdue.

Adieu, ton ami Raffin.

Cette lettre est adressée à M. Jolly fabricant de cartes à Bordeaux. 

Quelques temps après, le maire apprendra que le noyé, Michel Hostein, était aubergiste à Villandraut.

Comment cet homme bien vêtu, portant des pendants d'or aux oreilles, ayant sur lui la somme rondelette de 25 francs environ, s'est-il trouvé noyé sous son bateau ?

Fausse manœuvre ? Tempête ? Nous ne saurons pas.

Et comment un aubergiste de Villandraut, pour aller à Bordeaux, avait-il pu se servir d'un bateau ?

Pour répondre à cette dernière question, il faut remarquer que Villandraut est situé sur la rivière Le Ciron, affluent de la Garonne et cours d'eau longtemps navigable.

Il paraît donc possible que Michel Hostein soit parti de Villandraut par le Ciron et la Garonne pour aller à Bordeaux à l'aide d'un bateau léger. - Au mois de décembre l'eau ne devait pas manquer -.

L'abbé Baurein, dans les " Variétés Bordelaises " rapporte que, pendant la guerre de cent ans, vers 1420, le château de Budos fut assiégé et qu'un gabarier de Podensac fut chargé, pour 8 livres, d'y transporter par le Ciron trois pièces d'artillerie avec les boulets nécessaires, sur son " baysset " de dix-neuf tonneaux.

Ce qui parait mystérieux, c'est cette lettre adressée par un certain Raffin, sans doute de Villandraut lui aussi, à Jolly fabricant de cartes à Bordeaux. Ce message parle à mots couverts de "petite affaire", d'objets vendus, sans rien dévoiler...

...En cette époque troublée de la Restauration on peut imaginer quelque trafic ou quelque complot politique devant rester dans la clandestinité.

O.C

Remonter Isle fille de Garonne Le chemin de halage Passeurs Bateaux Louis XIV Naufrage en 1816 Garonne avant 1914 Inondations Fleuve et grands froids Vie avec le fleuve Les ports Pêche au Tresson