Sur la Garonne avant 1914

Témoignage de Marie-Thérèse Bétille encore enfant au début du siècle. Elle raconte ici ce qu'elle voyait sur la Rivière.

Sur la Garonne, beaucoup de bateaux. Les gabares profitaient de la marée pour aller à Bordeaux en s'aidant de très grandes rames quand le courant faiblissait, ou en se faisant haler par un homme avec une "tire".

Quand il y avait un bon vent, on hissait les voiles où flottaient les ris qui pouvaient servir à diminuer la surface quand le vent soufflait trop fort. Et le lourd bateau louvoyait, c'est à dire qu'il avançait en allant sans arrêt d'un côté à l'autre obliquement, voiles gonflées par le vent qui les poussait et parfois les faisait claquer avec bruit pendant que l'homme de barre gouvernait le bateau.

De grosses gabares à la voile, c'était beau ! Mais ce n'était pas tous les jours....

 

Pour les bateaux qui venaient de loin, par le canal, il y avait des remorqueurs, de très grands bateaux à vapeur et à roues (aubes), avec deux cheminées pour les plus grands comme 1'Amand Dumeau, derrière lequel j'ai compté jusqu'à 21 bateaux, mais parfois moins : c'étaient des gabares ou des "sapines" bien plus longues.

On avait fait une chanson sur ce remorqueur remarquable

L'Amand Dumeau

A deux tuyaux...

 

J'ai connu un remorqueur plus petit qui s'appelait "Le Gascon". Un jour il a explosé, peut-être avant ou après Langon. On avait laissé sécher la chaudière, et quand on y a mis de l'eau, la catastrophe. On a retrouvé assez loin dans la campagne les débris du bateau et des trois hommes d'équipage.
 

En réalité c'est à Fourques, sur le Canal Latéral à la Garonne que survint cet accident : on peut aujourd'hui y voir un monument rappelant cet événement survenu le 13 novembre 1908.

 

BM

Les dimanches et les jours de fête, à la belle saison, de grands bateaux à roues servaient pour les excursions. Nous les appelions des pèlerinages ou des "Verdelais", car c'était leur destination. Leurs passagers, penchés au bastingage, paraissaient très joyeux, on chantait des cantiques. Nous agitions nos mouchoirs en les regardant passer, et ils faisaient de même... De Verdelais on rapportait régulièrement des "tortillons " (pâtisserie), des moulins à vent multicolores, des médailles, de petits bijoux souvenirs. On y apportait le manger et on en revenait plein de joie.

Le Gironde-et-Garonne servait aussi pour aller de Bordeaux à Royan. Il y avait beaucoup d'amateurs.

Sur la Garonne circulaient aussi des "gondoles" ( mais je crois que ce nom aurait indigné les Vénitiens). J'ai vu les dernières qui allaient d'un embarcadère à l'autre.

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