Le chemin de halage

En dehors de la marée et du vent, l'un des moyens de mouvoir les bateaux était le halage. On attachait une corde au sommet du mât, et, depuis le rivage, des hommes ou des chevaux tiraient les embarcations... La difficulté venait de ne pouvoir suivre facilement les berges que les riverains occupaient, où les arbres repoussaient sans cesse, et où mille ruisseaux coupaient le chemin.

Une réglementation déjà ancienne

Vers 1520, François 1er avait entrepris de réglementer les chemins de halage, mais, là encore, ce fut Colbert qui par l'ordonnance de 1669 établit la base de la législation qui était toujours en vigueur il y a quelques années.

L'un des points principaux est l'article 7 du titre 28: " ... Les propriétaires des héritages aboutissants aux rivières navigables, laisseront le long des bords vingt-quatre pieds au moins de place en largeur pour chemin royal et trait de chevaux, sans qu'ils puissent, planter arbres, ni tenir clôtures, ou haies plus près que de trente pieds du côté que les bateaux se tirent, et dix pieds de l'autre bord, à peine de cinq cent livres d'amende, confiscation des arbres,- et d'être les contrevenants contraints de réparer et remettre les chemins en état à leurs frais..."

L'arrêté du 13 nivose de l'an 5 (1796, 1ère République) et le décret du 22 janvier 1808 (Napoléon 1er), ne font que reprendre en les précisant les termes de cette ordonnance. Les 30 pieds sont traduits en 9,75 mètres et les 10 pieds en 3,25 mètres. (Il s'agit de pieds français de 0.325m environ). La largeur doit être prise à partir de la baisse des hautes eaux navigables ou du bord supérieur des berges qui seraient plus élevées, (notions assez imprécises tout de même).

Les chemins de halage sont une servitude donnant droit de passage pour le halage, pour les pêcheurs et autres navigateurs. La propriété des bois coupés reste aux propriétaires.

Les chemins de halage étaient très utiles à la partie de la rivière non soumise à la marée, mais au niveau de l'Isle leur intérêt n'était pas évident. Aussi l'ordonnance de Colbert ne se traduisit-elle que par une ébauche de halage sur la rive droite opposée.

 

Une mise en oeuvre contestée

Mais, vers 1838-1840, les Ponts et Chaussées soutenus par le Préfet se mettent en devoir de réaliser un véritable chemin sur chaque rive, et notamment de l'Isle à Bordeaux, là où il n'en existait pas du tout.

Sans trop se préoccuper de l'avis des propriétaires l'administration entreprend de mettre en vigueur les termes de l'ordonnance de 1669 qui dormait depuis près de deux siècles... Elle défriche, construit des ponts de bois sur l'embouchure des ruisseaux : les " Pontes ".

Les "pontes" sont aujourd'hui toutes détruites à l'Isle Saint-Georges,

ne subsistent que quelques piquets émergeant de la vase à l'embouchure des esteys.

Les propriétaires concernés sur la rive gauche, appuyés par les municipalités, se regroupent et confient à Maître Desèze, (descendant de l'avocat de Louis XVI), la rédaction d'un mémoire adressé au ministre des travaux publics, car le préfet ne les écoute pas.

Les arguments essentiels de leur opposition sont les suivants :

- Le chemin de halage de la rive droite suffit largement, il n'y a pas besoin d'en créer un sur la rive gauche

- C'est une dépense inutile, " une ruineuse folie ", " les deniers des contribuables sont jetés à profusion "

- Le préfet et les Ponts et Chaussées n'ont pas consulté les propriétaires intéressés, la commission créée ne comporte aucun propriétaire, mais des gens. intéressés eux-mêmes à la navigation

- La commission, critiquée, a convoqué les propriétaires, mais pendant le temps des vendanges, moment où ils n'étaient pas libres

- L'ordonnance de 1669 n'exige, s'il y a déjà un chemin de halage sur une rive, qu'un contre-halage réduit sur l'autre ; donc, pas deux chemins de halage ensemble

- Deux fois par jour les marées rendent inutiles les chevaux

- Il y a des arbres de 300 ans sur la rive gauche qui démontrent qu'on n'a pas eu besoin de halage

- Perte pour la culture de terres riches, travaux détruits, clôtures renversées, servitude onéreuse, dévastations de matelots et gens embarqués

- Grandes difficultés de passage des bateaux pour les raisons suivantes :

Les communes intéressées sont l'Isle Saint Georges, Cadaujac et Villenave d'Ornon.

 

Pour notre commune on note les signatures suivantes :

Des Grottes (Jules qui fut maire en 1870), Blancan, Estansan, Kelliot (entrepreneur de bâtisses), Thillet (maire en 1841), Garach (Laurent maire en 1833), Lanusse, Garoste, Lasserre, Tessier, Vve Roborel née Abiet, Couras, d'Adeler (qui fit construire le bâtiment servant actuellement d'école), Reynaud, J. Guilhou (propriétaire de Montigny).

Comme de nos jours pour la ligne électrique à 400 000 V, l'administration fit semblant de consulter les propriétaires mais mena son projet jusqu'à son aboutissement...

Le chemin de halage qui a duré jusqu'en 1940 environ, (un siècle !), s'il a peu servi au halage, a constitué une agréable promenade. Certaines personnes bonnes marcheuses allaient facilement jusqu'à Bordeaux. Des "Bordelais" y venaient à bicyclette trouver un endroit pour pêcher. Les chemineaux et contrebandiers d'allumettes le fréquentaient. Les " tressonaires " y tiraient leur filet...

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